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L’APPEL DES GRÈVES

Vincent LOURADOUR

du 13 mars au 13 mai 2015

CUMUL DE L’OUBLI

Depuis qu’il a pris conscience, de quoi ? d’une absence en lui, Vincent Louradour trafique avec les objets ramassés sur les grèves, de préférence rouillés, ayant vécu déjà une ou deux vies, en attente d’en revivre une autre avec lui.

Il a commencé par agencer des bois flottés avec une finalité décorative. Il a ensuite construit des objets qu’on pourrait qualifier de symbolistes, de surréalistes, mais ce n’est pas de cela dont je veux parler.
Il semble qu’il n’ait pas subi d’influences même s’il a vu, et beaucoup plus tard, des objets de Louis Pons. Il n’a pas fait d’école et a très peu montré son travail. Une chose est sûre c’est que cette préoccupation (disons pour le moment et de façon bien imprécise, agencer des trucs à partir d’éléments rencontrés) ne l’a pas quitté, dans le silence et la solitude.
Il n’est absolument pas question de sculpter une forme, ni même de l’aider un peu à être plus proche de son désir. Non, la main n’est là que pour provoquer des rencontres, coller ; la main et la rêverie.
Les grèves, les bords de mer, les îles sont ses terrains de chasse.
Errance sur les grèves, le nez au sol. Si on est avec lui, par hasard, il faut le laisser seul. Il est à son affaire, c’est un vrai travail. Puisqu’on est là on ramasse aussi, et quelquefois on se dit qu’un éclat, un morceau d’os pourraient lui plaire. Mais non. Ca ne lui convient pas. Pourquoi ? Même s’il ne sait vous le dire, c’est certain. Ca tient à quelque chose qu’il faudrait savoir, mais on ne le saura pas.
Objets frottés, roulés par la mer, dépouillés, rendus à une sorte de limpidité.
Cette obstination à la tâche nous fait poser la question : de quoi s’agit-il ? en dehors de ces objets qui sont des rencontres poétiques. L’auteur lui-même ne le sait pas exactement. Il faudrait aller, pour trouver quelques points de ralliement, vers la musique ou la littérature.
Citons Satie : Morceaux en forme de poire, Melville : Bartleby le scribe.

Et puis, cette infirmité commune qui nous fait oublier et la contemplation de son travail m’amènent tout d’un coup à une idée : sans doute toutes ces choses qu’on oublie vont quelque part.
Tous ces cailloux à l’inverse du conte ne sont pas posés pour qu’on retrouve notre chemin mais pour construire un lieu destiné à l’oubli, un dédale des pertes.
On s’était demandé ce que c’était un endroit pour se perdre et Vincent Louradour nous construit le mandala de l’oubli.

Dz, le 7 mars 2015.
G.R. Sénéca

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